De l'importance de l'empathie chez les soignants

10 nov. 2018

insert_comment0

L’été dernier, mon père a eu de gros problèmes de santé. Je ne vais pas tout détailler, déjà parce que c’est trop dur, mais aussi parce que ce n’est pas le but de cet article. Je voudrais juste parler de l’importance de l’empathie chez les soignants.

Après presque un mois à la clinique, mon père a du être transféré en réanimation à l’hôpital, qui était mieux équipé pour l’aider. Ça a évidemment été un gros choc pour nous, puisque ça voulais dire qu’il avait passé un cap dans la gravité.

En réanimation, les visites sont très réglementées. Il y a des créneaux à respecter, des casiers pour laisser ses affaires, un interphone pour demander l’accès quand le secrétariat est fermé… C’est assez impressionnant quand on ne connaît pas, et ça augmente le côté dramatique et oppressant de la situation.

Dans la salle d’attente, d’autres familles, des visages qu’on apprend à reconnaître d’un jour sur l’autre. Des yeux rougis, des chuchotements, des mouchoirs.

Pas vraiment la destination rêvée pour l’été.

Pour alléger tout ça, nous avons pu compter sur l’équipe soignante, qui a été incroyable. Infirmières, internes, réanimateurs, ils été tous disponibles pour répondre à nos (nombreuses) questions.

«C’est quoi cette machine ?»
«À quoi ils correspondent ces nombres ?»
«Pourquoi ceci ? Pourquoi cela ?»
Poser des questions, pour nous, c’était se raccrocher à du concret. Impossible de savoir de quoi serait fait le lendemain pour mon père, alors pour compenser ce flou, ces données inconnues, on avait besoin de comprendre ce qu’il vivait au jour le jour.

Un vendredi, son état s’est dégradé. On s’est retrouvées, ma mère, mes deux sœurs, ma tante et moi, face au réanimateur et à l’infirmière, qui nous expliquaient que là, globalement, c’était la fin. Qu’on avait le week-end pour lui dire au revoir (ce qui laissait le temps à mes frères d’arriver), et que le lundi, ce serait terminé. Ça a été le moment le plus dur de ma (notre) vie. L’horreur absolue. Mais malgré tout, ce médecin a su trouver les mots, a su trouver l’humanité pour nous annoncer ça. On savait ce qu’il allait nous dire, mais on avait besoin de l’entendre, et malgré l’horreur de cette nouvelle, il a réussi à créer une bulle pour nous. Une bulle d’empathie. Une bulle de «c’est dur et vous allez souffrir, mais on ne vous lâchera pas». Plus de restriction d’horaires pour nous ce week-end là, on avait carte blanche pour venir n’importe quand (dans la mesure du raisonnable, et en limitant le nombre de visiteurs). On a revu les internes, les infirmières, on commençait à un peu tous les connaître (sinon de nom, du moins de visage). Chacun avait un mot gentil, un geste de soutien, une parole de réconfort. Soyons honnêtes, rien ne peut réconforter quelqu’un dans cette situation. Mais ça compte malgré tout, ça efface un peu cette impression de solitude, de «pourquoi nous ?».

Les infirmières nous ont encouragés, tout le long, à apporter des choses qui pouvaient rendre la chambre de mon père plus accueillante. Des photos, bien sûr, mais aussi des petites choses auxquelles on n’aurait pas pensé, comme de la crème qui sent bon pour lui masser les mains, et apporter un peu de douceur dans cet endroit si froid.

Il est mort au milieu d’une nuit. Je ne suis arrivée que dans la matinée, mais je sais que l’équipe a accueilli ma famille avec énormément de douceur, d’humanité et d’empathie.

Quand on est repassées dans le service plus tard avec ma mère pour récupérer un papier, la secrétaire et les infirmières présentes ont été merveilleuses.

Toute cette période a été atroce, mais cela aurait pu être bien pire si l’équipe n’avait pas été aussi attentive, et aussi à l’écoute. Ils nous ont permis de vivre ça le «moins mal» possible, ils ont fait le maximum pour que les derniers jours de mon père soient les plus confortables possibles, et qu’on puisse l’accompagner dans les meilleures conditions.

Je pense qu’il n’y a pas de mots suffisants pour exprimer ma gratitude envers ces personnes.

Commentaires

Soyez le premier à commenter.