Accouchement : avec péridurale, merci

8 sep. 2018

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Vendredi 3 août, fin de journée

Après d’interminables négociations avec moi-même, c’est décidé, j’achète une switch. Ça m’occupera en attendant l’accouchement.

Samedi 4 août, 2h du matin

Du coup, forcément, je commence à avoir des contractions. Pas vraiment régulières, à peine douloureuses, mais il se passe un truc. Je tourne dans le lit, j’hésite à réveiller Monsieur, je tourne encore… 3h, les contractions sont douloureuses, et toutes les 10 minutes. Je réveille Monsieur, parce qu’on a 40 minutes de voiture pour aller à l’hôpital, et qu’on préfère partir trop tôt que trop tard… Mini est chez ma mère, donc le timing est parfait. On charge les affaires dans la voiture, et en route ! En chemin, les contractions se rapprochent, toutes les 5 minutes. Ça picote, mais je me réjouis, j’attendais ça tellement impatiemment ! Si vous me suivez sur Twitter, vous le savez bien, je passais mes journées à me lamenter...

On arrive à l’hôpital, je donne ma carte de groupe sanguin, et on suit une sage-femme pour aller faire un examen et un monito. La sage-femme me demande quelle position je préfère, je suis bien debout, mais elle me propose un ballon que j’accepte avec plaisir, juste pour poser un genou dessus et bouger un peu le bassin. Le monito monte des contractions régulières, pas d’une incroyable intensité, mais bien présentes. L’examen dévoile que j’en suis à 2, ce qui ne veut pas dire grand-chose : soit les contractions ont eu un effet sur mon col, soit il s’est tranquillement ouvert depuis le début du 9è mois. 

On passe en salle de travail (la salle Topaze, rien que ça !), et la sage-femme me propose de prendre un bain chaud. Je me glisse dedans avec bonheur, et je patauge tranquillement en gardant un œil distrait sur l’horloge. Monsieur joue à la Switch, je glandouille sur Twitter. Il est 5h du matin, j’ai des contractions toutes les 5 minutes, mais c’est totalement gérable. Une autre sage-femme passe nous voir : la «mienne» lui a parlé de mon souhait d’accoucher sans péri, et elle propose de me faire un mélange d’huiles essentielles pour rendre les contactions plus supportables, et plus efficaces. Je suis un peu dubitative, mais au pire, ça ne fera pas de mal, et en plus ça sent bon. Elle nous ramène ça peu après, et m’en met à l’intérieur du poignet. Effectivement, ça sent bon, j’ai plus l’impression d’être à l’hôpital, mais plutôt au spa, c’est chouette ! Je reste dans le bain jusqu’à environ 6h30 (peut-être même 7 heures ?), puis la sage-femme revient pour proposer de m’examiner. J’insiste sur le «proposer» : je pouvais tout à fait refuser, mais j’étais curieuse de savoir si mes contactions étaient efficaces ou non. Bon, elles l’étaient pas des masses… Le col était bien raccourci, mais niveau ouverture, ça avait à peine progressé…

Changement d’équipe, on rencontre la sage-femme (Camille) qui va nous accompagner toute la journée ! On part se promener dans l’hôpital, je m’arrête à chaque contraction pour la laisser passer en respirant profondément, avec l’aide de Monsieur qui fait un super boulot de coach. J’essaye au maximum d’accepter la douleur au lieu de lutter contre, à chaque fois je me dis «C’est un pas de plus vers la naissance, c’est une contraction de moins, c’est du positif». Et j’essaye de me décontracter, alors que tout mon corps veut lutter. On se balade, c’est moyennement intéressant de visiter un hôpital, et en plus la cafétéria est fermée. Accessoirement, j’avais oublié de remettre ma culotte, je me suis donc promenée les fesses à l’air sous ma robe longue. On revient dans notre salle, je continue à souffler, le temps passe lentement. Nouvel examen proposé, la sage-femme galère un peu parce que mon col est très en arrière. Et en plus, ça n’a pas vraiment progressé, je suis à un petit 3… Je retourne dans le bain, parce que bon, autant profiter hein. Puis on retourne se promener, et on en profite pour manger un pain au chocolat. Au passage : à AUCUN MOMENT on ne m’a interdit de manger ou de boire. Au contraire, la sage-femme me disait «C’est un marathon que vous faites là, si vous en avez envie malgré la douleur, mangez pour prendre des forces !»

Retour en Topaze, la douleur a bien augmenté. La sage-femme me propose du gaz pour essayer de me soulager. Ça marche plutôt bien ! Je plane un peu au début, ça fait une drôle d’impression. Rapidement je réalise que si j’en respire pendant toute la durée de la contraction, je me sens nauséeuse, donc j’ajuste à chaque fois pour équilibrer le ratio soulagement/désagrément.

Pour le monito suivant, je devais profiter de l’appareil sans fil, mais impossible de le faire fonctionner. Super-SF nous ramène alors un gros tapis, et je peux me mettre à quatre pattes, appuyée sur le ballon, le gaz à portée de main, pendant tout le monito. Plutôt pas mal. La douleur est également «plutôt pas mal», et je commence à bien vocaliser, à base de grognements d’ours et de râles. Ça soulage, ça m’aide à respirer, mais c’est assez impressionnant.

Après le monito, et avec un col qui a péniblement atteint 6 alors que j’ai des contractions depuis presque 10h, on migre en salle de naissance. Sur le chemin, adieu les grognements d’ours : je crie. En salle de naissance, je me réinstalle à 4 pattes sur le tapis, avec le ballon, mais la douleur me fait perdre pieds. Je hurle, je répète que je vais mourir, je vomis mon pain au chocolat, rien ne va plus. La sage-femme propose de percer la poche des eaux, et est toute désolée de me dire qu’elle ne peut rien promettre quand je lui demande si elle est sûre que ça va accélérer les choses. On le fait quand même, malgré la douleur décuplée quand je suis sur le dos. Pendant tout ce temps, je continue à hurler à chaque contraction, en ayant l’impression que mon corps ne peut pas supporter plus : aucune position ne me soulage, le gaz ne sert plus à rien, j’ai MAL. Alors comme je ne peux rien faire d’autre, je hurle. Et je crie sur Monsieur qui me dit de respirer («ARRÊTE AVEC TES RESPIRATIONS»). Et je le mords aussi. Oups. Et je crie sur la sage-femme parce que le monito me gêne et me serre, mais c'est le seul truc qu'elle ne peut pas m'enlever, la pauvre s'excuse plein de fois pendant que je continue à râler et à crier. Je pense que j’ai traumatisé quelques primipares au passage, désolées mesdames.

Toute la journée j’étais dans l’optique «sans péri», et tout le monde respectait mon souhait, personne ne me l’avait proposée. Mais là, la sage-femme me l’a proposée, tout en douceur, parce qu’elle voyait que j’atteignais mes limites. J’ai commencé par refuser, traumatisée par la péri que j’avais eu pour Mini. La douleur me paraissait encore plus supportable que la perspective de vomir pendant des heures et de ne plus rien ressentir.

Entre deux hurlements (toujours les miens), la sage-femme m’explique que si, je vais ressentir tout ce qui se passe. Que l’anesthésiste travaille vite et bien, que le soulagement sera rapide. Je finis par capituler, parce que clairement, je ne peux plus supporter la douleur.  On m’aide à grimper sur le lit, et là débute l’attente interminable. Maintenant que j’ai dis oui pour la péri, je la veux TOUT DE SUITE. Et POURQUOI IL VIENT PAS L’ANESTHÉSISTE ? RAAAAAH. (Parce que je ne suis pas seule au monde, et qu’il avait d’autres patientes à voir, évidemment). 

Quand il arrive (enfin !), je ne peux plus parler. Je me tords littéralement de douleur sur le lit, j’ai l’impression d’être possédée, il me demande mon accord pour la péri, je l’entends, je veux lui répondre, mais je peux uniquement hurler de douleur. Du coup il s’adresse à mon mari, en expliquant qu’il ne fera rien à moins d’avoir la certitude que c’est ce que je veux. J’ai envie de hurler «MAIS OUI JE VEUUUX  PIQUE MOI QU’ON EN FINISSE», mais je n’y arrive pas. Monsieur assure que oui oui, je veux la péri, promis juré, et en avant.

Gros travail d’équipe pour m’installer, parce que la douleur m’empêche de maîtriser mon corps. Au bout d’un temps infini, je suis dans la bonne position, avec une sage-femme (pas la mienne, qui était occupée ailleurs), qui commence à me parler pour m’apaiser. Je dois rester immobile pour la péri, ce qui me paraît totalement impossible.

Petit aparté : avant l’accouchement, j’ai suivi un module de sophrologie à distance, avec Charlotte Weiss, qui m’avait bien aidée à me préparer, et à m’apaiser. Pourquoi je précise ça ? Parce que la sage-femme qui me tenait et me parlait était formée à la sophro, et quand elle a commencé à me parler, j’ai retrouvé immédiatement le réflexe de respiration que j’avais appris, et je me suis sentie en terrain connu, ce qui était rassurant et sécurisant. Clairement, j'aurais eu beaucoup plus de difficultés à gérer cette pose de péri si je n'avais pas fait de sophro avant, ça a été un vrai atout qui s'est dévoilé pile au bon moment.

La douleur était toujours là, mais j’ai réussi à rester totalement immobile, me contentant de brailler comme un âne à chaque contraction. Et d’ailleurs, après chaque contraction, je disais «J’ai pas bougé hein, vous avez vu, j’ai bas bougé». Et je m’assurais de la présence de Monsieur, parce qu’ouvrir les yeux pour vérifier qu’il était là me paraissait insurmontable.

On m’aide à m’allonger, on m’explique le fonctionnement de la pompe, et que la douleur devrait bientôt partir. 

Et soudain, le soulagement. Je SENS les contractions, mais la douleur a presque totalement disparu. J’ai l’impression de revivre. C’est encore intense, j’ai encore besoin de souffler fort à chaque contraction, mais je peux parler, et me détendre un peu. Cette détente est ce qui manquait à mon corps, et ce qui va permettre au col d’ENFIN s’ouvrir correctement. Mais sur le coup, je pense juste «ouf», et j’attrape mon téléphone pour mettre de la musique (Louden Swain, si jamais vous vous posez la question). Pendant une heure, on est dans notre bulle. Je suis emmitouflée sous des couvertures, parce que la canicule et les contractions m’avaient couverte de sueur (au point qu’aucun capteur ne tenait sur ma peau, et que j’ai eu droit à une double dose de sparadrap), mais qu’une fois le calme revenu je tremblais de froid. De temps en temps j’appuie sur la pompe, et je remarque qu’à gauche, ben, ça fait mal. C’est pas insupportable, mais quand même, c’est pas cool. Et puis en plus, je sens que ça pousse. Hmm. On appelle la sage-femme (la mienne !), qui s’excuse de ne pas avoir pu être là pour la péri, pendant que je m’excuse de lui avoir braillé dessus. Elle me dis qu’on va me passer sur le côté gauche pour essayer de mieux diffuser la péri, mais avant elle m’examine. Youpi ! Dilatation complète ! «Essayez de pousser pour voir ? Oula, stop stop ! On va s’installer hein, le bébé arrive !».

Soulagement. Enfin. Le bout du tunnel.

Je demande si je peux accoucher sur le côté, parce que vraiment, sur le dos, je le sens pas. Monsieur et l’auxiliaire m’aident à m’installer, tout est prêt, on attend la prochaine contraction. Et comme promis par la sage-femme, j’ai tout ressenti. Vraiment tout. J’ai pu pousser en fonction de mes sensations, j’ai senti la tête progresser, je l’ai senti à moitié sortie quand j’ai repris mon souffle entre deux contractions (et spoiler alert : c’est pas agréable. Du tout. Genre quand les femmes parlent de cercle de feu, j’ai rarement vu une image plus parlante). Et finalement, après quatre contractions, à 19h09, la sage-femme me tend un petit machin tout gluant et tout violet. Un petit garçon. Elle propose à Monsieur de couper le cordon, mais non merci. Elle me le propose à moi, mais euh, non merci. Du coup l'auxiliaire nous demande avec un grand sourire «Oh, ça vous embête si je le fais ?». Ah bah non, pas du tout, faites donc ! Elle avait l'air super contente de le faire, c'était mi-rigolo, mi-touchant comme moment.

Mais hey, le boulot est pas fini ! Alors que l’auxiliaire nous demande son prénom («Euh, on hésite encore en fait...»), et se retourne pour noter l’heure sur la fiche, il me suffit d’une poussée pour expulser le placenta. Plop, dehors, hop.

Pas d’épisio, mais deux petits points de suture pour refermer des éraillures. Sutures que je n’ai pas senties, puisque Super-SF avait remis une dose de péri, et m’avait dit «si vous sentez quelque chose, on peut ajouter un anesthésiant local aussi ! Je suis pas là pour vous torturer». Mais je sentais rien, donc tant mieux. 

De toute façon j’étais obnubilée par mon fils. Et mon mari. On se regardait comme des nouilles et souriant. On a fini par lui choisir un prénom, évidemment. Et puis on est resté tranquilles, moi en peau à peau avec ce tout petit bonhomme (qui a rapidement trouvé le sein). On a prévenu la famille, pris des photos, on était bien.


Quelles différences avec mon accouchement précédent ! On a été accompagnés tout du long, on a uniquement ressenti du respect et de la bienveillance, pour chaque acte on m’expliquait l’intérêt, les risques, le déroulement, et on me demandait mon consentement. C’était l’une des journées les plus chargées en accouchement, et pourtant pas une fois je n’ai eu le sentiment d’être abandonnée ou livrée à moi-même. J’ai pu prendre un bain, avoir des huiles essentielles, du gaz, être massée par la sage-femme pendant les contractions, être soutenue d’un bout à l’autre (elle me répétait que j’étais forte, et courageuse, et que je gérais super bien, et waoh ! Ça décuple les forces de tels encouragements ! Je me sentais Wonder Woman !). Je n’ai même pas vécu la péri comme un échec. Je suis lucide : je n’aurais pas pu faire plus. Mon col ne s’ouvrait plus, les contractions étaient trop intenses, et la tête du bébé n’appuyait pas au bon endroit pour que le col s’ouvre, du coup il poussait, mais sur un col encore fermé, et c’était contre-productif.

Là, j’ai eu une péri parfaite, qui a débloqué la situation et m’a permis de vivre un très bel accouchement.

Faut dire qu’entre Monsieur et Super-SF, j’avais une équipe de choc à mes côtés. 

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