Au début, on était 2

11 jan. 2017

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Et on voulait le rester, pour encore quelques années. Disons… Deux ans minimum, le temps de pouvoir économiser, et trouver la maison de nos rêves, avec un grand jardin et des poules. A aucun moment, quand on avait visité notre appartement actuel, on ne s'était imaginés dedans avec un enfant. « 4 étages sans ascenseur ? Pff, facile, et puis de toute façon d'ici à ce qu'on ait des enfants, on aura déménagé ! »

Le grand bouleversement, je m'en souviens parfaitement, c'était un mercredi matin. Enfin, un mercredi matin, et un vendredi après-midi, et un samedi matin, plus précisément. Mais le début, c'était le mercredi matin, le 9 mars. Mes règles avaient 6 jours de retard. Je ne suis pas du genre à m'inquiéter, j'avais souvent 2 ou 3 jours de décalage, rien de dramatique, on n'est pas des robots. Et puis niveau contraception, j'avais choisi le DIU cuivre, donc j'étais tranquille pour 5 ans, même pas besoin d'y penser !

Mais quand même, 6 jours, ça commençait à me paraître louche. Du coup je me suis dis « Tiens, je vais faire un test de grossesse, il sera négatif, mon cerveau arrêtera de somatiser, et mes règles vont arriver ». 7h30, mercredi matin, je lis la petite notice histoire de tout bien faire comme il faut. Et puis le choc. Même pas besoin d'attendre 3 minutes, les 2 barres sont là, impossible de s'y tromper. Je vérifie la notice, qui me confirme que c'est positif. Mais… Non ! J'ai un stérilet, je peux pas être enceinte ! Et puis de toute façon, c'est pas le bon moment, c'était pas dans nos plans, on n'a pas les sous, on n'a pas notre maison à la campagne, et comment on va faire ?  

Test de grossesse positif

Complètement perdue, je suis allée réveiller Monsieur Chat. « Il faut que je te parle », j'ai dis, en allumant la grande lumière dans la chambre. D'habitude, il met un temps fou à émerger, mais là quand je lui ai dis « Je suis enceinte », il s'est redressé tout de suite. On a discuté, et on s'est dit que pour l'instant, ça servait à rien de faire des spéculations. Avec un DIU, il peut se passer plein de choses : ça peut être une grossesse extra-utérine, il peut provoquer une fausse-couche… Je dois attendre 9h pour appeler le médecin. Avec mes pensées qui tournent à fond les manettes dans mon cerveau. De l'incompréhension, de la peur, de l'envie aussi. J'ai toujours eu envie d'avoir des enfants, plein. Et je les voulais jeune, mais avec les études c'était pas trop possible. Et puis de toute façon, on avait prévu d'en avoir. Juste… Pas tout de suite.  

Monsieur Chat est parti travailler, moi aussi. J'étais largement en avance au boulot, j'en ai profité pour avertir des amies. Les plus proches. Celles qui comprendraient ma peur, et mes espoirs. Et j'ai attendu patiemment qu'il soit 9h, pour m'éclipser et prendre rendez-vous chez le médecin. Manque de chance, ma généraliste était overbookée. Et les autres médecins du cabinet aussi. Le rendez-vous est pris pour le vendredi, vers 15h, avec une interne. J’espérais avoir des réponses rapidement, être rassurée, guidée, conseillée, et je devais attendre 2 jours et demi avant de savoir quoi que ce soit. J'ai pleuré un bon coup, je me suis passé de l'eau sur la figure, et je suis retournée devant mon ordi. Pendant la pause, j'ai appelé le planning familial, et le service gynéco du CHU. J'ai été prise de haut par la dame du CHU, qui m'a dit d'un ton condescendant « Non mais madame, les rendez-vous, ils se prennent des semaines à l'avance ». Alors que je venais de lui expliquer ma situation, et que j'avais la voix nouée par les larmes. A l'inverse, celle du planning familial a été très à l'écoute. Elle ne pouvait pas me proposer de rendez-vous plus tôt que celui que j'avais fixé pour le vendredi suivant, mais elle a pris le temps de me demander comment je me sentais. Quand elle a entendu que je commençais à pleurer, elle m'a dit « Je peux rester au téléphone avec vous, si vous en avez besoin ». J'ai dis non merci, et je suis retournée travailler. J'ai terminé ma tâche en cours, et j'ai compris que de toute façon, je n'arriverai à rien faire d'autre. Je suis allée voir mon responsable, j'ai posé 3 jours de congés sans solde, et je suis rentrée chez moi. Monsieur Chat s'est arrangé pour être en télétravail cet après-midi là, ainsi que le jeudi, et il a posé son vendredi après-midi pour m'accompagner chez le médecin. Le temps qu'il rentre, j'ai eu le réflexe le plus stupide du monde : je suis allée voir sur internet les témoignages de grossesse avec un stérilet cuivre. Je vous passe les histoires horribles sur lesquelles je suis tombée. Je me suis efforcée de me rappeler que quand tout va bien, on ne prends pas le temps de venir le dire sur internet. Qu'il est toujours plus facile de trouver des témoignages alarmistes, des récits inquiétants.  

J'ai fermé Chrome, et j'ai lancé Civilisation V. Pendant les deux jours qui ont suivi, Monsieur Chat travaillait à côté de moi, pendant que je m'occupais l'esprit avec des jeux-vidéo, des livres et des séries. Surtout ne pas penser au pire. Mais ne pas espérer le meilleur, non plus, pour ne pas être déçue. Je me suis surprise à espérer une fausse-couche, spontanée ou due au retrait du stérilet. Le choix n'aurait ainsi pas été le notre. On se serait dit « C'est la nature, c'est comme ça ». Le vendredi après-midi, je me retrouve donc à expliquer à l'interne ce qui m'arrive. Ce qui nous arrive. A l'examen, tout paraît normal, le stérilet est toujours là, il n'a pas bougé. « C'est rare, mais ça arrive ». Elle ne sait pas s'il vaut mieux qu'elle le retire ou pas, et préfère appeler les urgences gynéco pour avoir leur avis. « Envoyez-la chez nous, on s'en occupe ».  

Urgences

17h, on arrive aux urgences gynéco. A nouveau, explications, test positif malgré un DIU cuivre. « Ah oui, c'est rare, mais ça arrive. » Les échos ont l'air de montrer que la grossesse est bien située dans l'utérus (c'est déjà ça de pris), mais les images ne sont pas très claires. On me fait une prise de sang, on me dit de revenir lundi pour en faire une autre et voir l'évolution des BHCG, et bon week-end Madame.

On se sent un peu soulagés. On a deux jours pour se poser, réfléchir tranquillement, décider si on veut garder ce bébé surprise ou pas. On penche plutôt du côté du oui, malgré le côté pratique qui n'est pas optimal.  

23h le vendredi soir. En passant dans le couloir, Monsieur Chat voit que mon portable est allumé : un appel manqué, un message sur le répondeur. « Oui bonsoir, Dr. Machin des urgences gynéco, j'ai le résultat de votre prise de sang, et le taux de BHCG est très élevé. Il faudrait que vous repassiez demain matin, dès 9h, pour une autre écho avec un matériel plus puissant. »

Grosse angoisse, nuit pourrie et cauchemars.

Le samedi matin, du coup, 9h, retour aux urgences. Je vous passe les détails de mon errance dans les couloirs, accompagnée d'une interne adorable : le samedi, les salles d'écho sont fermées, donc il faut appeler le vigile, puis attendre le médecin, puis rappeler le vigile parce que c'était pas la bonne salle, puis… Bref. Echo. L’œuf est placé au dessus du stérilet (« C'est rare, mais ça arrive »), aucun problème à signaler. « Vous voulez poursuivre la grossesse ? »

Dans la salle d'attente, juste avant, on avait pris notre décision. Oui, on poursuit. Et on avisera.

Je remonte dans la salle d'examen avec l'interne, retrait du stérilet, ordonnance pour une échographie de contrôle à faire une semaine plus tard. « Bonne journée, et euh… Félicitations, du coup ». Ah oui. Merci.

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