Les mères, éternelles coupables

31 mai 2017

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Quand on devient mère, et même un peu avant pendant la grossesse, on se prend de plein fouet un certain nombre de choses. Les changements physiques, émotionnels, la fatigue... Et on se prend aussi - et surtout ! - une avalanche d'avis et de conseils contradictoires, pas forcément sollicités, souvent extrêmement culpabilisants. 

Des choix toujours mauvais

Quand tu fais un choix, qui ne concerne que toi, ton enfant, et ton/ta partenaire, tu essayes de faire le meilleur choix. Celui qui te semble le mieux pour ton enfant, pour votre équilibre, pour qu'il grandisse dans un environnement agréable. Tu réfléchis, tu pèses le pour et le contre, tu essayes de voir comment l'appliquer dans votre quotidien. Tu n'es pas forcément sûre de toi à 100%, tu continues à te renseigner, mais ça te paraît bien, alors tu continue.

Mais c'était sans compter sur... LES GENS. Pas forcément ceux qui te sont le plus proches, pas forcément des gens méchants ou désagréables, pas forcément des gens mal intentionnés. Juste des gens.

  • Tu as décidé d'allaiter au sein(*) ?
    Franchement, tu te prends la tête pour rien, les laits maternisés sont super maintenant, avec le biberon au moins tu serais plus indépendante !
  • Tu préfères donner des biberons ? 
    Haaan mauvaise mère ! L'allaitement c'est bien meilleur, d'ailleurs on a prouvé que ça fait des enfants plus beaux, plus intelligents, et tellement plus sages !
  • Tu as une poussette ? 
    Ah bah super, tu fais rien pour créer le lien mère-enfant, et en plus, merci bien, tu prends toute la place dans les transports en commun !
  • Tu portes en écharpe/porte bébé ? 
    Pfff, ton enfant va devenir un monstre ultra-capricieux qui voudra toujours être porté, et ne marchera jamais. Tu lui rends vraiment pas service hein !
  • Tu pratiques le cododo ?
    Mais il ne sera JA-MAIS autonome cet enfant ! Et puis quoi, il va dormir dans votre chambre jusqu'à ses 12 ans ? 
  • Tu le fais dormir dans sa chambre ? 
    Mais il est trop petit, t'as pas peur de la mort subite du nourrisson ? 

Et TOUT est comme ça. Quel que soit ton choix, tu vas te prendre des réflexions. Parce que c'est pas suffisamment difficile d'élever un enfant, il fallait ajouter le challenge "Gérer les pénibles" avec.

(*) "Allaitement au sein" n'est pas un pléonasme. Comme nous l'indique le Larousse, "allaiter" signifie "nourrir de lait un enfant ou un animal nouveau-né". Il est donc possible d'allaiter au sein comme au biberon.

Responsable de tous les maux

Si tu as le malheur de te plaindre, tu risques de te prendre un "Oui bah en même temps, vous l'avez voulu cet enfant, faut assumer hein" au lieu de trouver une oreille compatissante.

Et parfois, l'oreille compatissante trouvée est pire ! Parce que si tu racontes ce qui ne va pas, tu découvriras qu'en fait, TOUT est de ta faute. (Ouais, même le réchauffement climatique, et l'élection de Trump, c'est tout de ta faute à toi toute seule). 

  • C'est un peu compliqué en ce moment, il se réveille beaucoup la nuit
    ⤑ Option allaitement au sein : Bah en même temps, t'as qu'à le passer au bib' hein, un gros bib avec des céréales le soir, et on n'en parle plus ! C'est de ta faute aussi, tu peux arrêter l'allaitement hein.
    ⤑ Option allaitement au bib' : T'as essayé de mettre des céréales dans son bib' du soir pour le caler ? Sinon, laisse-le pleurer hein, il comprendra. Mais si tu lui donnes pas de céréales aussi...
  • Il a des coliques, ça le fait hurler le soir
    ⤑ Option sein : Ton lait doit pas être bon, passe au bib'
    ⤑ Option bib' : Il doit boire trop vite/pas assez vite/pas dans la bonne position. Tu dois pas faire ça bien. 
  • Il ne rampe/bouge/marche/parle pas encore
    T'es sûre que tu le stimules assez ? Il faut jouer avec lui hein, si son environnement n'est pas stimulant, il progressera jamais.
  • Il refuse d'aller dans les bras de quelqu'un
    Ah bah tu vois, à force d'être fusionnelle comme ça, t'en fait un vrai sauvage !

Et la liste pourrait continuer... Quand quelque chose ne va pas avec un enfant, on blâme souvent la mère. Qui a donné le sein trop/pas assez longtemps, qui a trop/pas assez porté, trop/pas assez laissé pleurer. Et on blâme la mère pour des choses sur lesquelles elle n'a pas forcément d'emprise, et dont elle peut souffrir. A cette souffrance, on ajoute donc la culpabilité, le sentiment qu'elle n'est pas assez bien pour son enfant, qu'elle ne fait pas ce qu'il faut, que si quelques chose va mal, c'est uniquement à cause d'elle.

On ne donne plus son avis aux mères, alors ?

Non. A moins que votre avis ou que des conseils soit sollicités, si elle ne vous demande rien, c'est qu'elle n'en a pas besoin. On n'élève pas un enfant pour avoir l'approbation des gens (à fortiori quand ce sont des inconnus croisés dans la rue/le bus/en vacances).

Si quelque chose vous surprend ou vous intrigue, ce n'est pas la peine d'arriver avec vos gros sabots en disant "AH MAIS C'EST NUL". Posez des questions. 

Nous avons commencé la DME avec Mini Chat. Ça suscite la curiosité, forcément (quand tu vois une crevette de 6 mois enfourner un morceau de patate gros comme son poing dans sa bouche, ça surprend !). Et autant quand on me pose des questions pour en savoir plus, j'y réponds avec plaisir, autant quand on me dit "Pfff, c'est n'importe quoi, elle va s'étouffer, c'est dangereux", ça me rend dingue.

Quand je fais un choix, quand je prends une décision, ce n'est pas par hasard, ou pour rigoler. Je suis extrêmement vigilante, encore plus quand il s'agit de ma fille. Alors quand on vient me dire que c'est dangereux, ou que tout ce qui ne "va pas" dans sa vie c'est de ma faute, je trouve ça d'une violence sans nom.

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